Voyage au coeur de l’obscurantisme scientifique
Aujourd’hui, l’obscurantisme n’est plus religieux mais scientifique, et s’il ne peut plus heureusement allumer des bûchers, il peut briser des carrières et retarder la réalisation de nouvelles découvertes. Quels sont les comportements caractéristiques de ce nouvel obscurantisme ?
1) le refus de reconnaître que l’autre existe. Ainsi par exemple, "tous les biologistes sont darwiniens". Il découle de cela le refus (parfaitement anti-scientifique) de débattre avec l’autre car ce serait reconnaître qu’il existe.
2) le refus de laisser l’autre s’exprimer. Comme, pour poursuivre notre exemple, il y a de plus en plus de biologistes non-darwiniens, on dira que "tous les biologistes sérieux sont darwiniens" et l’on criera au scandale si une grande revue scientifique laisse s’exprimer un "hérétique" au milieu d’une foule "d’orthodoxes". Même si "l’hérétique" a objectivement des références scientifiques (le nombre de ses publications dans de grandes revues) supérieures aux vôtres, on continuera d’affirmer qu’il n’est pas "sérieux". Il découle de ce deuxième refus un frein à la liberté de recherche. On suspendra un "hérétique" pour manque de résultats après avoir supprimé les financements qui lui auraient permis d’obtenir ces résultats.
3) L’assimilation et la désinformation. Quand on ne pourra plus nier l’existence de l’autre ni son importance, c’est-à-dire quand le nouveau paradigme aura pris suffisamment d’ampleur, on va essayer de le "diaboliser" en ayant recours à l’amalgame. On lui jettera au visage des qualificatifs destinés à le discréditer (définitivement, espère-t-on). "New Age", "Fondamentaliste", "Fasciste", "Créationniste" vont ainsi remplacer "Fils de Satan", "Sorcellerie", etc...
On n’hésitera pas, dans ce cadre-là, à faire soi-même... ce que l’on reproche à tort à celui que l’on critique. Ainsi il sera interdit de rapprocher science et métaphysique... sauf bien sûr si c’est pour dire que la science prouve une métaphysique matérialiste.
Actuellement, une offensive de "l’obscurantisme scientifique" a lieu en France, utilisant les trois méthodes que nous avons décrites. Nous en sommes en partie responsables car le travail de fond effectué depuis plusieurs années dans le cadre de l’UIP a contribué à développer la crédibilité du nouveau paradigme. Un colloque comme "Science et Sens" organisé à l’UNESCO le 24 mai 1997 devant 1 200 personnes, avec la participation de 3 prix Nobel et de représentants de grandes Académies des Sciences, est en effet une "provocation" intolérable pour certains. La majorité des intervenants ont insisté sur le fait que la nature même de la science avait désormais changée et que, si en aucun cas la science ne pouvait démontrer une métaphysique non-matérialiste, elle était nettement plus compatible avec une telle métaphysique qu’auparavant.
C’est exactement ce que ne peut supporter un homme comme Guillaume Lecointre qui a écrit dans le "Charlie Hebdo" du 11 juin 1997 : "Non, en France ce n’est pas le "créationnisme dur" qui menace nos écoles, mais une lente infiltration des médias par les téléologistes, les attardés du teilhardisme. On pourra considérer comme téléologique toute théorie qui admet une finalité à l’évolution biologique, qui lui assigne un programme, l’idée qu’une force, quelle que soit sa nature, prédestinait immanquablement l’évolution vers un objectif : le plus souvent l’homme. Cette téléologie va à rebours des efforts entrepris par la science moderne depuis trois siècles, efforts vers plus d’objectivité de l’investigation, plus d’indépendance de la science vis-à-vis de la théologie, vers le matérialisme"... Voilà bien le point clé ; bien que son article se veuille une défense de la science menacée par un retour de la téléologie, Lecointre nous montre ici que ses motivations sont d’ordre idéologique. Que des scientifiques (aux titres bien supérieurs aux siens) puissent révéler au grand public que la science moderne a cessé de se diriger vers plus de matérialisme plonge Lecointre dans une rage folle.
Ainsi, sous sa plume, le dernier livre de Michael Denton est un "concentré de bêtises écrit par un crypto-créationniste". Après avoir critiqué Denton, il conseille à ses lecteurs de ne pas lire ses ouvrages, "fidèle" ainsi à la démarche obscurantiste qui veut qu’on ne laisse aucune chance à l’autre de s’expliquer. Pour lui, Anne Dambricourt "intoxique les médias de sa vision", le prix Nobel Christian de Duve "essaie de nous expliquer que l’évolution a un sens et qu’elle pointe vers mon nombril", "la stratégie éculée d’Olivier Postel-Vinay - il s’agit du nouveau "et sulfureux", selon Lecointre, rédacteur en chef de La Recherche - fut de prétendre publier ces conneries au nom de la liberté d’expression".
Et enfin le bouquet final : "Sous des allures respectables, Postel-Vinay est en train de faire le tour de la clique des scientifiques irresponsables qui ne veulent pas voir les limites séparant le propos scientifique de leur spiritualité et des débilités ésotériques. Boycottez La Recherche ou virez Postel-Vinay !"
Le fait qu’un scientifique (Lecointre est chercheur au Muséum National d’Histoire Naturelle, mais bien des lecteurs de son article ont du mal à croire qu’il ait été écrit par un scientifique) puisse appeler au boycottage de la principale revue scientifique française et au "lynchage" de son rédacteur en chef parce que celui-ci a osé publier trois articles "hérétiques" au milieu de la foule des "orthodoxes", se passe de commentaires.
Pourquoi l’UIP se retrouve-t-elle au centre de la tourmente ? Parce que nous sommes exactement l’inverse des adversaires que ces gens-là aimeraient avoir. Ils voudraient que nous invitions de sympathiques farfelus, des chercheurs amateurs qui ne sont reconnus que par leurs amis. Lecointre dit que nous "invitons des charlots et même parfois des sommités qui s’y font piéger".
Mais l’UIP c’est exactement tout le contraire (et ceux qui nous critiquent le savent très bien, ce qui prouve leur malhonnêteté). Tous nos intervenants sont universitaires, chercheurs au CNRS ou faisant partie d’un organisme officiel. Certes certains d’entre eux présentent parfois des idées novatrices qui n’ont pas encore reçu l’aval de la communauté scientifique : cela fait partie du rôle de l’UIP. Mais il s’agit toujours de cas isolés. Car justement le coeur du message de l’UIP c’est qu’il n’est pas nécessaire de recourir à des faits non scientifiquement admis (c’est-à-dire non publiés dans les revues scientifiques officielles) pour avoir une nouvelle vision du monde. En faisant intervenir, dans l’immense majorité des cas, des personnalités scientifiques incontestables autour de thèmes et d’expériences situés au coeur de la science actuelle, l’UIP joue le terrain de ses “adversaires”, avec leurs propres règles du jeu... et montre que l’on peut arriver à des conclusions inverses. C’est justement cela qu’ils ne supportent pas.
Ils aimeraient aussi que nous soyons des extrémistes. Ainsi Lecointre me traite-t-il personnellement de "très réac".
Pas de chance ! Là aussi, c’est l’inverse qui est vrai ! L’UIP inscrit et inscrira toujours son action dans la tradition humaniste et républicaine, celle de la déclaration universelle des droits de l’homme et oeuvrera toujours contre tous les extrémismes ; cet idéal est également partagé par l’ensemble de nos partenaires.
Ils voudraient enfin que nous soyons des fondamentalistes, des dogmatiques bornés.
Encore raté ! L’un des fondements de l’UIP, c’est la certitude que personne ne peut, en ce monde, détenir de vérité absolue et donc prétendre l’imposer aux autres. Et c’est dans cet esprit que l’UIP organise des rencontres et des cours auxquels participent des représentants de tous les principaux courants philosophiques et confessionnels. Voilà donc la raison de la campagne contre l’UIP : que nous affirmions, par la bouche de personnalités scientifiques parmi les plus crédibles, que la science du XXème siècle a changé notre vision du monde, tout en étant une association dont l’action repose sur la tolérance, le respect des cultures différentes et l’humanisme, est intolérable ! Il faut donc nous calomnier à tout prix et faire de nous un rassemblement de charlatans, de dogmatiques, fondamentalistes extrémistes etc...
Une semaine après, le 19 juin, le Monde publie une demi-page sur le procès intenté pour "diffusion de fausses nouvelles" par un géologue australien à un créationniste australien. On comprend mieux cela lorsque l’on voit l’article d’en dessous, intitulé : "Des chercheurs français s’émeuvent d’une mode anti-darwinienne". L’article qui égratigne au passage Anne Dambricourt et M.P. Schutzenberger est en grande partie consacré à l’UIP, en des termes d’ailleurs relativement corrects. Mais l’essentiel c’est bien sûr que l’amalgame soit fait entre l’UIP et un farfelu australien qui se balade avec un bout "d’Arche de Noé". Ne nous plaignons pas, les amalgames de Science et Vie seront encore bien plus malhonnêtes...
L’article se termine en annoncant que, à l’instigation de Patrick Tort, Philosophe et Directeur du "Dictionnaire du Darwinisme et de l’Evolution" (et avec la participation du fameux Lecointre), un colloque "Pour Darwin" allait se tenir début septembre. La "résistance" allait s’organiser et on allait voir ce que l’on allait voir ! La "vraie science" allait terrasser les hérétiques !
Je n’ai, bien sûr, pas manqué de m’inscrire à ce qui d’une certaine façon était présenté comme le premier grand colloque "anti UIP", ce qui m’a valu de vivre quelques moments savoureux.
Notons d’abord que tous les intervenants étrangers de ce "colloque international pour Darwin" étaient inconnus au plan international (et parfois même dans leur propre pays). Ce n’est certes pas moi qui le reprocherait aux organisateurs. Mais pour pouvoir, comme ils le prétendaient, repousser l’UIP dans les "ténèbres" de la fausse science, il aurait au moins fallu qu’ils puissent présenter un plateau équivalent à ceux de l’UIP. Ainsi, sur le terrain où ils ont eux-mêmes situé le débat, celui de la crédibilité scientifique, ils sont, avant même de commencer, plusieurs ordres de grandeur en-dessous des grands colloques de l’UIP comme "Science et Sens" ou "La place de l’homme dans l’univers".
Deuxième surprise : le colloque, qui a eu ieu à Romainville, dans un cinéma, réunit de 100 à 120 personnes selon les sessions, dont 40 intervenants (soit un ratio d’un intervenant pour deux spectateurs !). Pourtant, le colloque a bénéficié d’une médiatisation (grand article dans Libération, annonces dans le Monde et le Figaro, grand dossier - d’ailleurs parfaitement honnête et équilibré - dans Science et Avenir etc...) dépassant la couverture de ceux de l’UIP.
A la première pause, j’entame une discussion avec un sympathique vieux Monsieur dont les idées sont assez représentatives de celles d’une bonne partie de l’assistance. Comme il s’inquiète de l’existence de scientifiques créationnistes, je tente de le rassurer en lui expliquant que s’il y a des créationnistes qui ont des diplômes scientifiques, il n’y en a pas qui occupent des places dans une Université d’État ou un grand organisme de recherches.
- "Mais non, il y a plein de scientifiques créationnistes, regardez ! Louis Leprince-Ringuet, Rémy Chauvin..."
- " Quoi ! Mais ça n’a rien à voir ! Les créationnistes sont des gens qui croient que l’Univers a moins de 10 000 ans, qu’il n’y a aucun fossile intermédiaire entre le singe et l’homme, c’est exactement le contraire de ce que pensent Chauvin et Leprince-Ringuet".
- " Oui, mais ce sont des chrétiens ! Des “Janus” ! Ils ont deux faces, d’un côté ils ont l’air d’être des scientifiques, de l’autre ce sont des chrétiens, or on ne peut pas être chrétien et scientifique !"
Autant vous dire que j’ai arrêté là la discussion. Mais les échos de ces propos se retrouvèrent à la tribune dans l’une des premières interventions, celle du philosophe Yvon Quiniou. "Toutes les réalités ne sont par-delà leur diversité, que des formes diverses d’une même réalité matérielle dont elles sont issues [...][le matérialisme] admet donc une réalité objective, extérieure à la pensée humaine et lui préexistant, et il affirme que cette dernière, malgré sa spécificité qualitative irrécusable et même inouïe en provient et n’est donc qu’une forme de matière [...]. Comme l’affirmait déjà Engels d’une manière qui n’a pas été dépassée : "L’unité réelle du monde réside en sa matérialité". Or quelle est l’instance qui nous le prouve désormais ? La science."
Ce texte fera hurler de rire tous ceux qui sont un peu au courant des découvertes effectuées en physique !
Exactement comme les créationnistes qui proclament que le pithécanthrope (découvert en 1891) est un faux, alors que depuis 70 ans bien d’autres découvertes sont venues confirmer cette première trouvaille, l’auteur de ce texte a 70 ans de retard sur la science contemporaine. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire "Le Cantique des Quantiques" de Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod (tous deux parfaitement agnostiques) : "La science des XVIIIème et XIXème siècles avait abouti au triomphe du matérialisme mécaniste, qui expliquait tout par l’agencement de morceaux de matière minuscules et indivisibles. Cette vision assez primitive, à laquelle se tiennent encore la plupart des biologistes, avait pour conséquence l’inutilité des religions et comme celles des philosophies qui font appel à l’existence d’entités non-matérielles. Le fait que ces morceaux de matière se voient révélés n’être en réalité que des abstractions mathématiques, non locales, c’est-à-dire pouvant s’étendre sur tout l’espace, et de plus n’obéissant pas au déterminisme, a porté un coup fatal à ce matérialisme "classique". Certes le matérialisme est encore possible, mais un matérialisme "quantique", qu’il faudrait appeler "matérialisme fantastique" ou "matérialisme de science-fiction”".
Ainsi, alors que Quiniou affirme en toute naïveté "la vérité scientifique du matérialisme" ( !!), on voit que la science elle-même a porté un "coup fatal au matérialisme classique" en "déchosifiant" les composants fondamentaux de la matière. Loin d’être prouvé par la science, le matérialisme est simplement "encore possible", à condition d’accepter une mutation importante.
L’affirmation de Quiniou n’est pas seulement fausse... elle est également dangereuse pour les organisateurs. En effet, aucun intervenant de l’UIP n’a jamais affirmé que la science pouvait démontrer l’existence de Dieu, simplement qu’elle pouvait poser la question.
Or, Tort et ses amis nous accusent d’utiliser la science pour prétendre démontrer la validité de positions philosophiques. Et voilà qu’ils font exactement eux-mêmes ce dont ils nous accusent à tort...
Lecointre (toujours lui !) ne manquera pas de tomber dans le même panneau, en affirmant qu’il fallait d’abord "poser la validité du matérialisme avant de faire de la biologie" (ce qui est absurde car, supposons un instant qu’il y ait vraiment un programme qui agisse dans l’évolution, le découvrir serait un des plus grands triomphes de l’esprit humain, mais une "épistémologie à la Lecointre" nous priverait à jamais de la possibilité de cette découverte). Tort et ses amis reprochent également à des associations comme l’UIP d’utiliser de grands scientifiques pour promouvoir des chercheurs moins connus et hétérodoxes. Mais près d’une journée entière fut consacrée aux travaux d’un biologiste espagnol (dont les vues révolutionnent notre vision de l’évolution selon Tort) dont le principal titre scientifique est d’avoir créé une "Fondation pour la recherche sur l’Evolution" dont il fut, pendant dix ans, le seul chercheur, avant qu’une subvention...municipale lui permette d’embaucher deux chercheurs dont sa fille. Même certains intervenants du colloque parurent gênés pour Tort devant un tel dérapage.
La médiatisation du colloque avait en grande partie été assurée par Tort aux cris de "Aux armes citoyens, le créationnisme est à nos portes, comme aux Etats-Unis, il menace nos écoles !". Bref, le colloque avait été présenté comme un sursaut de la communauté scientifique contre le créationnisme. Eh bien, aucune critique ne fut adressée pendant ce colloque à l’encontre des théories créationnistes ! Dieu sait pourtant - c’est le cas de le dire - si l’on peut en faire. Mais seuls furent attaqués les évolutionnistes non-darwiniens. Or ce sont eux qui, comme Denton et Dambricourt, peuvent détacher des gens du créationnisme, en leur montrant qu’il existe d’autres conceptions de l’évolution que celles basées sur la toute puissance du hasard et de la sélection naturelle, et effectuer ainsi un véritable travail pédagogique en amenant des personnes qui rejetaient les bases de nos connaissances scientifiques à les accepter.
Notons enfin qu’il y eut en quatre jours, six conférences de Patrick Tort sur des sujets différents et qu’à l’entrée, une feuille décrivant les "livres de Patrick Tort" était distribuée et que l’on avait pris soin d’indiquer que cette liste de 23 ouvrages était une " liste partielle".
En résumé, essayez un peu d’imaginer les hurlements que pousseraient Tort et ses amis si l’UIP, au lieu de faire ce qu’elle fait, organisait un colloque international "Contre Darwin" avec des scientifiques étrangers, parfois connus de leur seule concierge, au cours duquel un intervenant affirmerait que la Science démontre l’existence de Dieu, dont une journée entière serait consacrée à un sympathique farfelu s’étant auto-consacré "chercheur" et avec 6 conférences de Jean Staune en plus. Eh bien c’est exactement ce qui s’est passé à Romainville du 2 au 5 septembre.
Mais le plus impressionnant durant ce colloque (où il faut reconnaître que certains exposés furent d’un bon niveau, tant au plan scientifique qu’au plan déontologique), fut de ressentir en permanence ce refus de l’autre, ce refus du débat, ce dogmatisme d’autant plus fort qu’il n’a même pas conscience d’être un dogmatisme.
Ainsi, lorsque, après 5 conférences consacrées à la critique du premier livre de Michael Denton, je pris la parole pour le défendre, Lecointre me demanda quels étaient mes titres pour faire ce que je faisais. Après avoir décliné mes diplômes, je lui répondis que nous étions là pour discuter des mécanismes de l’évolution, pas de mes diplômes. Sa réponse fut de m’attaquer au plan politique...
Un inconnu (j’appris par la suite qu’il s’agissait d’un médecin) prit alors la parole. "Nous sommes dans un colloque "Pour Darwin" et donc je suis pour Darwin. Mais on vient d’entendre 5 conférences consacrées à critiquer Denton sans qu’il y en ait eu une seule pour présenter ses idées. De plus le livre critiqué a été écrit il y a plus de 10 ans, or un nouveau livre de Denton dont personne n’a parlé a été publié en France il y a trois mois. La première conférence a été très claire, mais le conférencier a indiqué à la fin que Denton avait reconnu publiquement s’être trompé sur les points évoqués. Il m’a alors semblé que cela parlait en faveur de Denton (les scientifiques ne reconnaissent pas facilement leurs erreurs) et que cette conférence n’avait donc plus lieu d’être. Vous avez évoqué l’existence d’un professeur d’Université, Rosine Chandebois, auteur d’un ouvrage "Pour en finir avec le Darwinisme". Ne pensez-vous pas qu’il aurait fallu lui donner la parole, même dix minutes, pour voir ce qu’elle aurait eu à dire sur le sujet ? Et quant à la dernière intervention, elle relevait plus d’un meeting politique, lors desquels l’on demande aux gens au nom de qui ou de quoi ils parlent, que d’un colloque scientifique".
Il n’y avait rien à rajouter, sauf à aller déjeuner avec celui qui venait de parler, histoire d’explorer cet îlot de clairvoyance et de tolérance rencontré au milieu d’un océan d’obscurantisme.
Quant à Patrick Tort, la seule chose qu’il répliqua, en public, à mon intervention, c’est qu’il avait dans sa serviette de quoi me faire passer un sale quart d’heure, argument parfaitement à sa place, on en conviendra, dans un colloque scientifique et philosophique.
Plus tard, lors d’une discussion privée, Patrick Tort refusa avec hauteur mon invitation à venir débattre à l’UIP, me faisant comprendre que le seul fait de venir chez nous représenterait de sa part un outrage à la "vraie science". Cela serait parfaitement compréhensible si nous étions une secte ou un groupe de farfelus. Mais il se trouve -détail piquant- que Patrick Tort n’étant ni enseignant dans une Université, ni membre du CNRS, il ne pourrait normalement pas intervenir à l’UIP, surtout sur un sujet "sensible" comme l’évolution, pour lequel nous prenons soin de ne faire intervenir que des conférenciers ayant un poste officiel. Le plus extraordinaire, c’est qu’en développant ainsi des comportements sectaires, dogmatiques, anti-scientifiques, ces gens sont persuadés de défendre la science, la tolérance, la liberté d’expression !
Darwin pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font !
On pourrait se contenter de rire de tout cela. Mais il faut savoir que la campagne anti-UIP, qui s’est développée à partir des initiatives de tels personnages, nous a fait perdre beaucoup de temps et d’énergie. Malgré cela, l’année 1997, avec la mise en place du "diplôme interdisciplinaire" et l’organisation de 2 grands colloques rassemblant au total 2 200 personnes et 5 prix Nobel, restera un moment très fort dans l’histoire de l’UIP. Mais cela n’a été possible, étant donné le temps gaspillé à éviter les coups de ceux qui nous attaquent... à Tort, sans jamais chercher un seul instant à savoir qui nous sommes vraiment, à essayer de comprendre notre but et nos idées, que grâce à des efforts exceptionnels dont l’équipe de l’UIP ne s’est pas encore remise.
Pourtant, finalement, ces attaques sont positives. L’affolement de ceux dont la vision du monde est en train de s’écrouler nous montre bien que nous assistons à un changement de paradigme, un moment de l’histoire comparable au passage du Moyen Age à la Renaissance... (ce qui n’avait manqué de déclencher la création de l’Inquisition).
Je reviens de la FNAC où j’ai pu observer un autre signe. Au rayon "nouveautés sciences", on trouve encore l’ouvrage de Denton "L’Evolution a-t-elle un sens", neuf mois après sa sortie, et "Physique et Réalité", le débat organisé autour de Bernard d’Espagnat (cf. Convergences n°4). Ils voisinent les ouvrages de Thuan et de Chauvin (cf. page 31) ainsi que "Le Darwinisme en question" de Philip Johnson (préface d’Anne Dambricourt) et la nouvelle réédition du "Cantique des Quantiques" d’Ortoli et Pharabod. Jamais je n’ai vu un tel "tir groupé" des idées du nouveau paradigme dans ce qui est l’un des plus grands magasins de livres de France. Oui, le nouveau paradigme progresse, oui, sa diffusion s’accélère de toutes parts. Cela doit être pour nous une source de joie mais aussi l’occasion d’un travail sur nous-mêmes.
Comprendre pourquoi, même s’ils sont plus difficiles, les travaux de d’Espagnat, Trinh Xuan Thuan, Dambricourt, Denton, sont bien plus sérieux que ceux de Capra, Charron, Guillé, Sheldrake, devrait être un objectif pour tout sympathisant du nouveau paradigme.
Nous avons vu la rapidité avec laquelle les obscurantistes scientifiques établissent des amalgames diffamatoires, ne leur laissons donc pas le plaisir de pouvoir établir des amalgames qui seraient partiellement vrais ! Nous devons, certes, garder l’esprit ouvert, mais nous devons aussi être capables de différencier une construction solide, liée à des faits expérimentaux, d’hypothèses hasardeuses ne reposant sur pas grand chose.
Augmenter le discernement scientifique et la rigueur de tous ceux qui s’intéressent au nouveau paradigme, c’est la meilleure réponse que l’on puisse faire aux obscurantistes scientifiques. C’est le but de l’UIP et c’est ce que je convie chacun d’entre vous à faire avec ses moyens.
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