UNE REALITE COINCEE ENTRE FANATIQUES ET LUNATIQUES

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Parler des phénomènes parapsychologiques est une tâche ardue à la fois à cause du contenu émotionnel dont est chargé ce domaine et du fait que les différents acteurs de ce domaine ne s’accordent ni sur l’étendue de celui-ci, ni sur la méthodologie qu’il faut y appliquer. Dans ce qui n’est qu’une tentative de synthèse nous tenterons d’établir un " état des lieux ", un bilan des forces et faiblesses du domaine, puis nous dégagerons quelques lignes d’actions possibles.

QU’EST-CE QUE LE PARANORMAL ?

Comme ce nom l’indique, c’est le domaine situé au-delà du " normal ". Mais qu’est-ce qu’un fait scientifique normal ? La réponse est simple : c’est un fait qui a été publié dans une revue à référés reconnue par la communauté scientifique internationale. On peut protester contre une telle définition, la trouver beaucoup trop réductrice, mais on ne peut rien contre le fait qu’un résultat ne sera pris au sérieux par la communauté scientifique qu’à cette condition.

On peut bien sûr dénier à la communauté scientifique le monopole de décider ce qu’est un fait réel et bâtir sa propre " Science ". L’expérience montre que cette stratégie est sans issue. Si on veut avoir un impact sur la réalité, il faut que les faits dont on s’occupe soient enseignés dans les universités, reconnus par des organisations internationales etc_ Sinon, c’est comme courir toute sa vie pieds nus : on aura des callosités sous les pieds, mais vos enfants naîtrons avec des pieds tout à fait normaux car le message " pied calleux " n’aura pas été inscrit dans leur ADN. Faute d’inscrire dans " l’ADN de la société ", qui est représentée par la communauté scientifique, les manuels d’enseignement, les revues à référés, les universités etc_ les phénomènes en questions, ceux-ci ne peuvent que rester marginaux.

Mais comment faire reconnaître un fait paranormal par des revues pour lequel un tel fait est exclu à priori de leur domaine d’étude ? C’est là toute la difficulté et le paradoxe auquel nous sommes confrontés. Mais avant de revenir sur ces différents points, faisons d’abord un état des lieux. Pour être provoquant je parlerai de :

LA GRANDE MISERE DU PARANORMAL.

Un domaine livré aux lunatiques.

Quand, au XVI ème siècle l’astrologie cessa brutalement d’être une discipline scientifique enseignée à la Sorbonne, des dizaines de cabinets d’astrologie privés s’ouvrirent, dont un grand nombre étaient tenus par des charlatans dont certains trempèrent dans la fameuse " affaire des poisons ". Cela illustre l’un des problèmes de la parapsychologie. Comme dans tout domaine d’où la science officielle s’est retirée, ce retrait crée " un appel d’air " qui attire des individus souvent de bonne foi, qui se décrètent parapsychologue (ou ufologue) alors que leur compétence personnelle ne leur aurait jamais permis de venir travailler dans ce domaine comme dans n’importe quel domaine " reconnu " où des instances officielles exerçent un " contrôle de qualité ".

Juste une anecdote pour illustrer cela. L’un des plus célèbres constructeurs de " machines à effet Kirlian " présenta un jour des résultats montrant que lorsqu’un médecin soignant par médecine énergétique " chargeait " des pierres précieuses, celles-ci voyaient leur aura obtenue par photos Kirlian se modifier. Or contrairement à une plante ou à un animal, l’aura d’un minéral est toujours identique lors d’une photo Kirlian. Ainsi était prouvée la réalité des soins énergétiques de ce médecin. J’ai posé à l’expérimentateur la question de savoir s’il avait fait le test suivant : faire prendre au médecin les pierres dans sa main sans qu’il les " charge " comme à l’habitude puis prendre une photo pour voir si ce n’était pas la chaleur de la main qui modifiait l’aura des pierres. " Ah non on n’y a pas pensé " m’a répondu l’expérimentateur. " Vous savez, c’est quelque chose d’important, cela s’appelle un contrôle ", n’ai-je pu m’empêcher de répondre ironiquement. Je suis sûr que cela n’empêche pas le médecin en question de continuer à montrer les photos à ses patients pour prouver la réalité de ces traitements.

Il est clair que la présence de dizaines de personnes, de bonne foi mais avec des méthodologies aussi peu développées, dans le domaine du psi est l’un des principaux handicaps de ce dernier. Car en France, on peut compter sur les doigts les expérimentateurs qui ont un statut indiscutable de scientifiques. Cette disproportion ne peut que décourager d’autres véritables scientifiques de s’intéresser à ce domaine.

Un domaine sous la pression constante des fanatiques.

Un fanatique est quelqu’un qui peut être amené à nier certains faits en raison de ces convictions idéologiques. Dans le domaine du " psi ", les rationalistes se comportent souvent comme des fanatiques. Un célèbre physicien français a dû être expulsé de la salle où se tenait un colloque de physique. Par des hurlements continus, il tentait d’empêcher ce qui lui paraissait être un " crime de lèse-science ", la présentation par Robert Jahn (voir ci-dessus) de résultats de parapsychologie dans une enceinte officielle ! Si tous les rationalistes ne se comportent pas comme cela, il n’empêche qu’un " obscurantisme scientifique " est leur attitude la plus courante : refus d’analyser les faits, refus de débattre sérieusement, et surtout man_uvres pour supprimer tout possibilité d’étude dans ce domaine. Croyez-vous qu’un étudiant ayant fait sa thèse sur le " psi " pourra trouver facilement un poste ? Non. Sachant cela, il fera sa thèse sur autre chose.

Il faut bien sûr dénoncer ces comportements, mais il faut aussi en comprendre l’origine. Quand un fait ne " rentre " pas dans la vision du monde d’une époque, il faut le " surprouver " pour qu’il soit pris en compte. La rotation de la Terre en est un bon exemple. On se moque aussi parfois des scientifiques qui ont pendant tant d’années refusé l’existence des météorites_ jusqu’à-ce que l’un d’entre eux assiste à la chute de " ces pierres qui tombent du ciel ".

Bien sûr, on peut classer parmi les fanatiques les adversaires de Galilée ou de l’existence des météorites. Mais ce n’est pas si simple, car accepter des faits aussi contraires à " l’évidence " (il n’y a pas de pierre dans le ciel, si la Terre bougeait, on le sentirait) nécessite de " changer de paradigme ". Et on ne change pas si facilement son système de référence. Néanmoins, si on dispose de faits solides ET d’un cadre théorique de référence, les idées nouvelles peuvent s’imposer assez rapidement comme le démontre l’acceptation de la dérive des continents après des décennies de résistance. C’est, entre autres, l’absence d’un cadre théorique cohérent et surtout unifié (presque chaque chercheur a le sien) permettant d’expliquer les résultats obtenus qui freine le développement du " psi ". Mais cela ne doit pas faire oublier le tort que porte à la manifestation de la vérité l’attitude des rationalistes. Attitude qu’il faut condamner fermement même s’il faut leur accorder des circonstances atténuantes.

Le rêve américain.

L’un des grands classiques du " psi ", c’est d’entendre " ici nous sommes confrontés à l’obscurantisme des rationalistes, mais aux Etats-Unis le " psi " est reconnu car c’est une société moins " dogmatique ". Depuis 5 ans, j’ai eu la chance d’effectuer de nombreux voyages aux USA et d’y rencontrer de nombreuses personnalités scientifiques, dont la majorité des " stars " du paranormal.

J’ai rencontré des scientifiques ayant un statut indiscutable, ayant (ou ayant eu) des moyens importants, ayant obtenu des résultats très intéressants. Mais ils n’hésitent pas à dire d’eux-mêmes que leurs résultats sont loin d’être reconnus, y compris par leurs collègues qui travaillent dans le bureau d’à côté et qu’ils sont marginalisés dans leur propre institution.

Une controverse privée m’a récemment opposé à un ami, grand spécialiste français du " psi ". Ec_uré par la malhonnêteté avec laquelle les médias français traitent le paranormal, il me demandait si on ne pourrait pas démontrer le sérieux du domaine en s’appuyant sur le " Journal of Scientific Exploration ". Il s’agit d’une véritable revue à référés consacrée au phénomène psi. Je lui ai répondu que cela n’était pas une bonne idée car ayant rencontré tous les responsables de cette revue, j’ai pu constater qu’eux aussi, tout en ayant un statut de scientifique incontestable, étaient marginalisés dans leur propre université. Et que des collègues " ouverts " ayant parfois pris des risques à titre personnel, ne voulaient pas les rejoindre, considérant que cela serait trop dangereux étant donné le manque de crédibilité de ce groupe.

Mon ami se mit très en colère affirmant que le travail fait par cette revue était remarquable, que beaucoup de revues à référés étaient moins sérieuses qu’elle, prenant en compte le prestige des " candidats auteurs " plus que les faits eux-mêmes etc_ Il avait parfaitement raison. Il n’empêche que si l’on lançait une grande campagne en France sur le thème " Le psi est pris au sérieux aux USA, il y a même une revue à référés qui débat de l’existence de tous ces phénomènes ", le premier journaliste envoyé par une émission du type " j’y crois, j’y crois pas " pour vérifier cela reviendrait en disant : " j’ai interrogé les collègues, des responsables de cette revue. Aucun ne considère qu’elle est crédible ". Et l’effet produit serait catastrophique. Je suis donc obligé de démythifier le rêve américain : on ne peut pas s’appuyer sur la situation américaine pour crédibiliser le paranormal.

Un domaine où les résultats défendables sont rares.

Face au discrédit jeté sur les lunatiques, face à la rage des rationalistes fanatiques, sur quels dossiers peut-on s’appuyer pour défendre le paranormal ? Cette question reçoit en général deux réponses diamétralement opposées : les rationalistes vous diront qu’il n’existe pas un seul dossier sérieux. Les défenseurs du " psi " vous parleront de " méta-analyses " prouvant la réalité du " psi " en effectuant la synthèse de dizaines d’expériences (mais dix fois zéro égale zéro, donc si aucune expérience n’est fiable_et comment savoir si elles le sont quant il n’existe pas de système de validation reconnu de ces procédures). Ma position sera qu’il existe un tout petit nombre de dossiers " solides " mais quece qu’ils laissent entrevoir est suffisant pour affirmer qu’il est scandaleux que plus de moyens et d’attention ne soient portés au paranormal par les instances officielles.

Parmi les millions de cas OVNI, aucun ne remplit les critères suivants : " phénomène observé par plusieurs témoins indépendants ayant laissé des traces au sol absolument inexplicables par des causes naturelles ". Mais l’un d’entre eux manque s’en rapproché de très près celui de " Trans en Provence ". Il n’y avait qu’un seul témoin qui dit avoir observé l’atterrissage et le décollage d’une sphère de moins de 5 mètres de diamètre. Mais le phénomène a modifié la structure interne des plantes de façon d’autant plus forte qu’elles étaient proches de la trace d’atterrissage. Cela a été prouvé par des études commandées par un organisme officiel : le Service d’Etudes des Phénomènes de Rentrée Atmosphérique (SEPRA), dépendant du Centre National d’Etudes Spatiales. Vous pouvez vous procurer auprès de cet organisme la note technique n°16 qui décrit ce cas. Les responsables de SEPRA et de l’enquête ne se cachent même plus pour dire que l’atterrissage d’une sonde extra-terrestre est l’explication la plus probable de ce cas même si on ne peut en aucune façon parler de " preuve ".

Le cardiologue Michael Sabom ne croyait pas au récit fait par les rescapés d’une mort clinique, la fameuse NDE (Near Death Experience). En vrai scientifique, il a néanmoins eu l’idée de confronter les témoignages faits par les patients affirmant avoir assisté à leur réanimation " de l’extérieur de leur corps " avec un récit où l’on demande à un patient ayant lui aussi vécu une mort clinique sans rapporter un témoignage de " sortie de corps ", de raconter ce qu’il croit être un processus de réanimation. Quand il s’aperçut que tous les patients ayant vécu une NDE ne faisait pas d’erreur grave en décrivant leur processus de réanimation alors que tous les autres faisaient au moins une erreur, Sabom changea d’avis et devint un défenseur de la réalité des NDE.

Deux équipes travaillant dans de grandes universités américaines ont obtenu des résultats en parapsychologie, les ont publiés dans des revues à référés, et n’ont jamais vu leurs résultats " démontés " par les sceptiques. Il s’agit d’abord de l’équipe de Robert Jahn et Brenda Dunne à Princeton (Jahn a même été le doyen de la faculté d’ingénierie de cette prestigieuse université). Leurs résultats portant sur l’influence de sujets humains sur un générateur aléatoire de signaux sont hautement significatifs et portent sur plus de 200 000 expériences. Ils ont été publiés dans deux articles de " Foundation of Physics " une revue à référés de haut niveau. Ils ont été obtenus grâce à de très nombreux " sujets " et non grâce à un seul " médium " surdoué.

Leurs résultats sur la possibilité de vision à distance sont obtenus avec des protocoles très rigoureux et sont tellement incroyables qu’à ma connaissance aucun, " magicien " payé par les sceptiques n’a essayé de reproduire ces résultats pour montrer que l’on pourrait les obtenir par fraude ou hasard. Ces résultats sont confirmés par ceux de la seconde équipe, celle d’Harold Puthoff, Russell Targ et Ed May à Stanford. Ils ont réussi à publier un article dans la célèbre revue scientifique "Nature", puis ont travaillé en secret pendant 15 ans ayant signé un gros contrat avec la CIA. Quand la CIA a mis fin à ce contrat, elle a déclaré que les observations par satellite étaient plus efficaces, car la "vision à distance" n’avait fonctionné que dans 20% des cas. Ce qui veut dire que la CIA admettait (comme le prouvent certains résultats déclassifiés que j’ai pu consulter moi-même) que dans 20% des cas un "sujet" enfermé dans une pièce à Stanford avait pu parfaitement décrire le matériel situé dans un entrepôt soviétique à 10 000 Km de là, et que sa description avait été confirmée par le témoignage d’un espion ou d’une photo satellite quand le matériel avait été sorti du hangar.

Ian Stevenson, Professeur de psychologie à l’Université de Virginie, est un homme prudent. Néanmoins derrière le titre de son ouvrage "20 cas suggérant le phénomène de réincarnation" se cachent plusieurs cas où un jeune enfant affirmant se "souvenir" d’une autre vie, a pu décrire de façon absolument exacte les lieux où il disait avoir vécu. Cela a été contrôlé par les collaborateurs de Stevenson et par des tests où l’enfant amené sur place servait de guide à Stevenson ou à un de ses assistants, dans une ville où il n’avait pourtant jamais mis les pieds_ dans cette vie-ci.

Peu importe de savoir l’interprétation que l’on donne à tous ces faits. Peu importe de savoir si la réincarnation est réelle ou si l’on ne fait que "capter" les souvenirs d’un autre individu. Peu importe de savoir si les expériences de NDE montrent que l’âme existe et se sépare du corps ou si, plus simplement, l’homme possède d’autres façons de percevoir son environnement. Peu importe de savoir si les extraterrestres nous observent comme les entomologistes observent les insectes ou si une seule sonde extraterrestre s’est posée sur Terre, à Trans en Provence en 1981, dont les propriétaires ne viendront jamais.

Ce que laissent entrevoir tous les faits que nous venons de lister, les potentialités qu’ils recèlent, les horizons qu’ils ouvrent sont tels que nous pouvons affirmer que la "grande misère du paranormal", livrée aux lunatiques et soumise aux coups des fanatiques est l’un des grands scandales intellectuels de notre époque et que tous les hommes de bonne volonté (quelque soit leurs croyances, car ce n’est pas une question de foi ou de croyance mais d’honnêteté intellectuelle ici) doivent unir leurs efforts pour le faire cesser.

Comment traiter le paranormal ?

Alors justement que faire ? D’abord répondre à la question que pose ce colloque : " Paranormal, faut-il parler de mythes ? " Et bien non ! Cette réponse est basée sur un postulat, le postulat qui est que ces phénomènes dont nous parlons, NDE, parapsychologie ou autres, peuvent donner lieu à une analyse scientifique et qu’on peut y appliquer la méthodologie scientifique. Je sais qu’il y a des hypothèses selon lesquelles ces phénomènes ressortiraient d’autres méthodologies qui ne se plieraient pas aux méthodes de recherches scientifiques habituelles. Je ne le pense pas étant donné les résultats préliminaires dont j’ai parlé ici, mais je dirais que si c’était le cas, personnellement, je dirais au revoir et merci, je vais voir dans un autre domaine. Donc je pars du postulat que ces phénomènes sont évidemment des phénomènes qui peuvent être étudiés par une méthodologie scientifique. Exemple concret : Dans Réapprivoiser la mort, le livre de Patrice Van Eersel, (je précise que j’aime beaucoup Patrice et qu’il a fait un travail fondamental qui a débloqué beaucoup de consciences en France avec ses livres), page 257, il raconte comment je l’ai " engueulé " après une émission de télé de " J’y crois, j’y crois pas " sur la NDE. On lui avait demandé si la NDE était scientifiquement prouvée et il a répondu " pas du tout, la NDE est mythologiquement prouvée, voyez-vous, pourquoi voulez-vous tout prouver scientifiquement ? Mais les mythes c’est fantastique etc. ".

Il a fait tout un développement là-dessus et effectivement il s’est fait assassiner littéralement par les gens d’en face qui lui ont dit : " Ecoutez : que la NDE change la vie de millions de gens ne prouve absolument pas la réalité de ce phénomène, il est très possible que des sécrétions d’hormones permettent de mettre des gens dans ces états-là. " Alors qu’il suffit de prendre une salle de réanimation, de mettre une personne sur la table en état de mort clinique, et quand on veut la réanimer, automatiquement il y a un écran de télé qui est placé bien plus bas que la tête de la personne mais tourné vers le haut et sur cet écran de télé, il y a un signal qui apparaît aléatoirement, un cercle bleu, n’importe quoi. Vous réanimez la personne et dès qu’elle est réanimée, dès qu’elle peut parler, vous lui demandez : " Est-ce que vous avez vu quelque chose pendant le moment de votre réanimation ? " Même s’il n’y en a qu’une sur mille qui dit : " Oui, j’ai vu un cercle bleu ", et que c’était bien un cercle bleu, vous vous rendez compte de la portée d’une telle expérience. Or cette expérience, d’un côté elle n’est pas faite parce que les rationalistes ne veulent même pas en entendre parler, et c’est un scandale car j’estime que l’on a là une expérience qui pourrait prouver quelque chose de capital ; et les gens qui s’occupent du domaine de la NDE, s’occupent d’un tas d’autres choses, qui sont à leurs yeux beaucoup plus importantes comme de savoir si l’on revoit sa vie du début à la fin ou en sens inverse lors d’une NDE, mais qui sont impossibles à prouver scientifiquement. Une fois admis qu’il est dangereux pour la crédibilité de la cause du paranormal de parler de " mythes ", et que la méthodologie scientifique peut être appliquée à ces phénomènes, que l’on peut mettre en place des expériences, quelles peuvent être les étapes suivantes ?

Ressasser les cas solides jusqu’à l’écoeurement.

Roswell porte un grand tort au phénomène OVNI. C’est le cas le plus célèbre, tout le monde en parle, on fait des films, des feuilletons TV sur ce cas. Or c’est un cas spectaculaire mais très fragile. Peut-on réellement imaginer que des extraterrestres disposant d’une technologie leur permettant de nous observer sans que nous puissions les détecter soient assez stupides pour laisser traîner deux jours ( !) des débris d’un de leurs vaisseaux_ que l’armée pourra transporter avec un simple camion. S’il se révèle un jour que Roswell était en fait un crash d’un prototype américain, cela portera au phénomène OVNI (et, au-delà ,au paranormal) un coup dont il mettra dix ans à se relever.

Dans le même temps, hélas, personne ne fait de film sur Trans en Provence un cas infiniment plus solide. De la même façon, il y a des dizaines d’ouvrages plus ou moins sérieux sur la NDE mais le plus solide de tous " Souvenir de la mort " de Sabom est epuisé et introuvable depuis longtemps. Trop sérieux !. Pas assez spectaculaire. On n’invite pas à la télévision de Pr. Stevenson pour parler de réincarnation mais madame Michu qui se souvient d’avoir été Marie-Antoinette.

Donc la première tâche d’un homme désireux de faire cesser le scandale du rejet en bloc du paranormal malgré la richesse potentielle extraordinaire que pourrait générer ce domaine, c’est de parler jusqu’à l’éc_urement des cas solides pour obliger les médias à s’y intéresser alors qu’ils se focalisent toujours sur les cas fragiles.

Mettre en place des stratégies de long terme.

Il faut redonner des objectifs comme : " d’ici 50 ans une expérience de recueil de témoignages de personnes ayant vécu une mort clinique aura été faite. Elle devra être transculturelle, impliquer au moins cinq hôpitaux sur trois continents différents, avoir tel niveau de rigueur etc_ ". et commencer à préparer l’expérience dès maintenant. Ou : " d’ici 20 ans une expérience de modification de la structure des plantes reproduisant les lésions observées sur les plantes de Trans en Provence aura été faite ". elle serait susceptible de prouver qu’aucune technologie disponible en 1981 (sauf à amener sur place un accélérateur de particules) n’aurait pu produire ce résultat etc_

Cette stratégie peut recevoir le support du premier type d’action, la " répétition jusqu’à l’écoeurement " des dossiers solides. Car à chaque fois que l’on en parle, il faut dire et " d’ailleurs il existe une expérience qui permettrait d’y voir plus clair et c’est un scandale pour notre Civilisation, pour la République, la Démocratie et tutti quanti qu’elle n’ait pas encore été faite". Si l’on répète cela pendant 10 ans, on peut espérer que, de guerre lasse, les crédits pour la faire seront débloqués.

Faire la chasse aux lunatiques.

Même si ce point est très difficile à réaliser pratiquement, car on est toujours le "lunatique" de quelqu’un, et que le paranormal est déjà un domaine qui souffre de l’existence de guerres internes quasi permanentes, il est vital pour l’avenir de séparer les farfelus des chercheurs du paranormal ayant une chance d’être pris au sérieux. C’est dans ce sens que des démarches comme celle du Journal of Scientific Exploration sont essentielles. Même si, comme nous l’avons dit, un tel journal n’est pas crédible aujourd’hui, il peut l’être demain en montrant qu’il existe un abîme entre les lunatiques et ceux qui s’occupent sérieusement du paranormal. Mais il y a du travail à faire, car aujourd’hui, cet abîme n’est encore qu’une simple rivière. C’est ainsi qu’on peut voir un grand ufologue (qui écrit dans ce journal) mettre sur le même plan Trans en Provence et le témoignage d’un brave couple de retraités ayant vu un extraterrestre apparaître dans leur cuisine et laisser _ du sable comme preuve de son passage. Ainsi il ne faut pas seulement faire la chasse aux "lunatiques incurables" mais aussi "au lunatique qui est en nous". Chaque acteur du domaine doit faire un effort sur lui-même, un effort de rigueur, de prudence et de précision.

Débattre avec les fanatiques.

Même si certains des rationalistes - sceptiques n’ont rien à envier aux talibans (je plaisante à peine : ils ne tuent pas physiquement leurs adversaires, mais ils les détruisent au plan social et professionnel), aux extrémistes religieux, il faut toujours essayer de dialoguer avec la frange moins sectaire des rationalistes. Mais il faut accepter de le faire uniquement autour des cas solides, pas autour de la confession de Madame Michu qui a été enlevée par un bel extraterrestre. La stratégie doit être de les amener à admettre que la question de la réalité du paranormal peut être posée, ce qui serait déjà une victoire. Ou plutôt, s’il peut paraître vain d’espérer les voir aller jusque-là, de faire clairement réaliser à un spectateur neutre de ce débat que leur refus, à la lumière des faits évoqués, d’admettre que la question se pose, est la preuve d’un obscurantisme qui se situe dans le prolongement des schémas de pensée qui furent ceux des inquisiteurs de toutes les époques.

Voilà selon moi ce qui peut être fait pour faire progresser, non une quelconque "cause du paranormal", mais simplement notre connaissance scientifique de la réalité. Il est intéressant de noter que cette quête de la Vérité a toujours été entravée par des causes multiples au cours des siècles. Il n’est pas si anormal qu’elle le soit encore aujourd’hui dans notre société qui se prétend pourtant rationnelle et scientifique. Mais je ne voudrais pas terminer en paraissant pessimiste. Je voudrais vous dire qu’une chose merveilleuse est déjà arrivée :

LE REENCHANTEMENT DU MONDE EST DEJA LA.

"L’homme antique parlait à un univers qui lui répondait. La science prétend aujourd’hui que l’univers est vide et muet. C’était en tous cas le message de Monod qui s’en est fait le principal interprète, et de beaucoup d’autres rationalistes. Personnellement, je ne crois pas que l’univers soit muet, je crois plutôt que la science est dure d’oreille." HUBERT REEVES

"Notre science n’est plus ce savoir classique, nous pouvons déchiffrer le récit d’une "nouvelle alliance". Loin de l’exclure du monde qu’elle décrit, la science retrouve comme un problème l’appartenance de l’homme à ce monde_"

Ilya Prigogine (Prix Nobel)

"D’une manière vague - et impossible, hélas, à préciser- les structures de la physique mathématique sont au moins un point de rencontre entre l’homme et l’Etre ; à ce titre elles ouvrent au premier des perspectives
 lointaines, certes, et mystérieuses, mais cependant non illusoires- vers le second.

Bernard d’Espagnat

"L’existence de l’être humain est inscrite dans les propriétés de chaque atome, étoile et galaxie de l’Univers et dans chaque loi physique qui régit le cosmos. Que des propriétés et des lois de l’Univers se modifient un tant soit peu, et nous ne seront plus là pour en parler. Le visage de l’Univers et notre existence sont donc inextricablement liés." Trinh Xuan Thuan

"Après avoir paru pendant longtemps être en conflit direct où s’exclure mutuellement, la Science et la Religion semblent maintenant pouvoir être compatibles voire même peut-être être en harmonie "

Roger Sperry (Prix Nobel)

"Par opposition au scientisme dominant de la fin du XIX ème siècle, on voit aujourd’hui de nombreux scientifiques, forts de ces nouvelles hypothèses ou de ces nouvelles théories, orienter la science vers un autre ordre de réalité considéré désormais non plus comme concurrent mais comme complémentaire de son domaine."

Jean-Marie Pelt

"Je maintiens que le mystère de l’homme est incroyablement diminué (à tort) par le réductionnisme scientifique et sa prétention matérialiste à rendre compte du monde de l’esprit en termes de simple activité neuronale." Sir John Eccles (Prix Nobel)

Mieux que n’importe quelle démonstration, les propos ci-dessus de scientifiques de haut niveau disposant d’une crédibilité internationale qu’aucun chercheur du paranormal ne peut espérer obtenir pour l’instant nous montre qu’il s’est passé quelque chose en science fondamentale. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, des quarks aux galaxies, de l’étude de la vie à celle du cerveau de l’homme, une nouvelle vision du monde a émergé. Le "Nouveau Paradigme" dont on parle si souvent est bien une réalité et il est déjà là. Le dernier message que je voudrais vous transmettre c’est qu’aussi intéressants et prometteurs que soient les faits relevant du paranormal, nous n’avons pas besoin d’eux pour avoir une nouvelle vision du monde. Oui, des faits publiés dans les plus rigoureuses des revues à référés suffisent pour démonter des choses extraordinaires.

Ainsi la mécanique quantique nous montre que la matière n’est pas "matérielle" au sens classique du terme et qu’un autre niveau de réalité existe hors de l’espace et du temps. Et qu’il peut connecter ensemble des particules situées dans notre Univers. L’Astronomie nous enseigne que le Temps et l’Espace sont relatifs et n’ont pas toujours existé. La Biologie nous apprend que l’Evolution de la Vie n’est pas livrée aux seuls hasard et nécessité. Les expériences de Ben Libet ou de Jean-François Lambert nous montrent que toute description purement neuronale de l’esprit humain ne peut qu’être incomplète. De grands mathématiciens affirment que le théorème de Gödel prouve que l’esprit humain ne peut être imité par un ordinateur_

Toutes ces révolutions conceptuelles et scientifiques constituent un ensemble multiforme, en développement et pas encore synthétisé. Mais il s’en dégage déjà une cohérence générale qui permet de conclure que le Réel n’est pas conforme aux conceptions matérialistes et rationnelles issues de la Science de la Renaissance. Que " ce qui est vraiment " ne se limite ni au Temps, ni l’Espace, ni à la Matière, ni même à l’Energie. C’est là une nouvelle d’une importance extraordinaire car elle découle de résultats de la Science la plus " officielle " qui soit. C’est là le talon d’achille des rationalistes : ils ne pourront plus longtemps rejeter le paranormal au nom des critères définissant la Science officielle, tout en refusant de prendre en compte des résultats qui les gènent et qui ont été obtenus en respectant ces mêmes critères. Certes cette nouvelle vision du monde n’apporte aucune preuve du paranormal. Contrairement à ce qu’ont pu dire des personnalités même éminentes, je ne vois, par exemple, aucune preuve directe de la façon dont la non-séparabilité entre deux particules en physique quantique prouverait la télépathie entre deux êtres humains. Il faut donc être très prudent et se garder d’affirmer que le " nouveau paradigme " que nous venons de décrire peut fournir un cadre théorique à des phénomènes paranormaux.

Mais il peut constituer une ouverture, un pas dans la direction d’un tel modèle qui reste encore à bâtir. D’un côté, nous avons donc les découvertes déjà réalisées et reconnues qui nous donnent une vision beaucoup plus subtile, beaucoup plus riche du Monde, de l’autre, nous avons la promesse d’autres découvertes fondamentales qui pourraient provenir des faits non encore reconnus que les différents domaines du paranormal nous incitent à prendre au sérieux et à approfondir. Voilà pourquoi je suis optimiste. Et si le temps qu’il faut pour que certains obscurantismes soient surmontés est de nature à vous affliger, consolez vous avec une phrase d’un des fondateurs du nouveau paradigme Max Planck : " La vérité ne triomphe jamais, mais ses ennemis finissent toujours par mourir ".

Ce texte est dédié au Père François Brune, à Rémy Chauvin et à Marie Stanley

Jean Staune