Qu’est-ce-que l’obscurantisme ?

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De l’obscurantisme à l’obscurantisme scientifique

Qu’est-ce que l’obscurantisme ?
D’après le dictionnaire, c’est s’opposer à la diffusion des connaissances.

Mais pourquoi s’oppose-t-on à la diffusion des connaissances ?

Toujours au nom d’un présupposé idéologique : on est si convaincu de détenir la vérité (et toute la vérité) que n’importe quelle autre approche de la réalité nous paraît inacceptable.

Et l’on a des certitudes si fortes que même si les faits les contredisent, on va nier les faits. Ce fut le cas des religieux qui refusèrent d’admettre que Jupiter avait des satellites (car il y aurait des corps qui tourneraient autour d’une autre planète que la Terre) et traitaient "d’illusion" ce qu’ils voyaient dans la lunette de Gallilée.

C’est aujourd’hui le cas des créationnistes qui, au nom de l’infaillibilité du texte biblique, vont jusqu’à :

nier l’existence d’espèces intermédiaires entre le singe et l’homme,

nier l’efficacité de toutes les méthodes de datation,

et déclarer que toutes les données que nous recevons de l’espace (lumière, ondes radio etc...) et qui prouvent que celui-ci est âgé de milliards d’années sont... des illusions. Mais tel un contrepoids à l’obscurantisme religieux, un obscurantisme scientifique s’est développé. L’obscurantiste religieux sait - par inspiration divine - que le contenu de tel ou tel texte religieux que ce soit le Coran, la Bible etc... est totalement vrai. L’obscurantiste scientifique sait (comment ?) qu’il n’y a qu’une seule forme de rationalité qui soit compatible avec une connaissance " vraie" du monde : le matérialisme méthodologique.

C’est la raison pour laquelle,

toute interrogation sur le sens, la signification, le pourquoi des choses à partir de données scientifiques lui paraîtra une abomination.

toute découverte scientifique, susceptible de renforcer une conception non matérialiste du monde, sera niée.

Bien qu’il soit vêtu des habits de la modernité, la démarche de l’obscurantiste scientifique est la même que celle de l’homme de l’Inquisition : nier des évidences au nom d’une conception dogmatique de ce que doit être la Vérité.

Aujourd’hui, les obscurantistes scientifiques multiplient les mises en garde et les excommunications. Car ce nouveau millénaire est une rude période pour ces obscurantistes-là.

La mécanique quantique nous montre avec la non-séparabilité que quelque chose existe tout en étant situé hors du temps, de l’espace, de l’énergie, de la matière.

L’astronomie, avec la théorie du Big Bang, incite à penser que notre univers n’est pas ontologiquement suffisant et, avec le principe anthropique, que la question (mais pas la réponse) de l’existence d’un principe créateur se pose au coeur même de la science.

La neurologie nous montre avec les expériences de Ben Libet, que l’état mental d’une personne humaine ne peut être décrit uniquement à partir de la connaissance de son état neuronal, ce qui fragilise les tenants de "l’homme neuronal".

En biologie, les travaux d’Anne Dambricourt et de Michael Denton montrent qu’existe une logique interne dans l’évolution là où les darwiniens ne voudraient voir régner que le chaos et l’absence de sens.

En mathématiques, le théorème de Gödel nous montre que tout système logique contient une faille logique etc...

Pour tout observateur impartial de l’évolution des sciences, cette avalanche de découvertes et de concepts nouveaux (même si les faits et les théories que nous avons cités n’ont pas tous le même niveau de solidité) montre bien que nous assistons à l’émergence d’un nouveau paradigme en science (au sens de Thomas Kuhn), beaucoup moins compatible que le précédent avec une conception matérialiste de l’homme et du monde.

Ne pouvant avoir qu’une seule conception de ce que peut être la vérité scientifique, les obscurantistes scientifiques vont sonner le tocsin en criant que la science est "menacée" (c’était le titre d’un livre d’un des leaders de l’obscurantisme scientifique français Evry Schatzman) alors que seule leur conception de ce que doit être la science et la rationalité est mise en danger... et cela par l’évolution de la connaissance scientifique elle même, ce qui ne manque pas de saveur.

Il existe deux types d’obscurantistes scientifiques.

1- Les obscurantistes scientifiques "intelligents" ont bien compris qu’il se passe "quelque chose" en Science.

Stupéfaits, ils voient un nombre de plus en plus grand de "véritables" scientifiques s’écarter de la voie de la rationalité et de la "vraie" science. Sans percevoir que cette évolution est liée à une évolution objective de nos connaissances scientifiques elles-mêmes, ils sont néanmoins conscients de la réalité et de l’importance de ce mouvement et surtout de sa nouveauté. Face à cela, ils vont donc gentiment prendre les scientifiques en question par la main pour leur expliquer leurs "dérives". Un exemple emblématique de cette démarche est l’ouvrage de Dominique Terré "Les Dérives de l’argumentation scientifique" (PUF).

Une autre stratégie possible pour ces obscurantistes "intelligents" va être de s’attaquer de front à toutes les découvertes et théories constituant le nouveau paradigme. On verra ainsi certains matérialistes émettre l’hypothèse selon laquelle les instruments de mesure préviennent les particules élémentaires de la mesure qu’elles vont subir et que les particules "simulent" la non-séparabilité, pour éviter d’admettre que la mécanique quantique, à cause de la non-séparabilité, implique l’existence de "quelque chose" qui échappe à notre niveau de réalité.

Ils vont attaquer successivement la théorie du Big Bang en Astronomie, les expériences de Libet en Neurologie, les découvertes d’Anne Dambricourt en Paléontologie etc... ; et, s’ils sont très courageux, tout en même temps ! On trouvera un bon exemple de cette démarche dans "Et si l’homme était seul dans l’Univers" de Marceau Felden (Grasset).

S’ils sont incapables de faire évoluer leur conception de ce que doit être la rationalité, et donc d’admettre que le mouvement qui se déroule sous leurs yeux est autre chose qu’un inexplicable "suicide epistémologique" d’estimables scientifiques qui se jettent collectivement dans l’irrationalisme comme les lemmings se jettent dans la mer, ils n’en nient pas moins la réalité de ce mouvement.

2- Ce n’est pas le cas des obscurantistes scientifiques "idiots".

En employant l’adjectif "idiots", nous n’avons nullement l’intention d’être offensants. Nous n’avons pas trouvé de terme plus adapté pour qualifier leur attitude.

"Idiots" a ici le même sens que dans l’expression "l’idiot du village", le "béat" qui se promène dans la rue en répétant que le soleil brille alors que la pluie lui fouette le visage et inonde les environs.

C’est la raison pour laquelle, les obscurantistes scientifiques "idiots" vont s’acharner à démontrer qu’il "n’y a rien de nouveau sous le soleil". Quitte à sombrer dans le ridicule en faisant l’impasse sur quelques-unes des plus grandes découvertes de ce siècle. Pour eux, la "renaissance providentialiste" à laquelle nous assistons n’est que la réitération des arguments éculés développés par les théologiens et les philosophes de l’ère pré-scientifique.

Et cela alors que la mécanique quantique est une nouveauté radicale au plan scientifique et philosophique, ou que la "scientificité" du principe anthropique est tout de même d’un autre niveau que l’affirmation de Bernardin de Saint Pierre selon laquelle Dieu avait créé les stries sur le melon pour aider à son découpage.

Patrick Tort et Guillaume Lecointre sont les meilleurs exemples de cette seconde forme d’obscurantisme, heureusement plus rare, mais bien plus dangereuse car elle constitue une véritable menace pour la liberté d’expression comme pour la diffusion des connaissances auprès du grand public.

Puisque la science ne peut-être que matérialiste, les scientifiques non matérialistes... ne sont pas scientifiques. Ce sont, selon leur vocabulaire, des "frustrés", des "séniles", des "mystiques" voire des ... "américains" (ce qui pour eux semble être un qualificatif situé sur le même plan que les précédents ).

Et pour eux, l’Université Interdisciplinaire de Paris, ayant rassemblé à de nombreuses reprises de tels scientifiques, est donc une dangereuse structure obscurantiste puisque située en marge de la "rationalité".

Peu importe que les personnalités scientifiques, participant activement aux activités de l’UIP, aient des titres scientifiques équivalents et très souvent supérieurs à ceux ayant fréquenté les colloques organisés par Tort et Lecointre. Ils ne sauraient être, par définition, à cause de leurs idées, considérés comme de "vrais" scientifiques.

Peu importe que l’UIP ait réuni des dizaines de personnalités (dont 20 prix Nobel) à l’occasion de 7 grands colloques ayant rassemblé plus de 7000 personnes au total. Pour eux, il est impossible que de tels intervenants soient intervenus pour l’UIP en connaissance de cause. Ils s’appuient sur 2 ou 3 cas d’intervenants ayant participé à des colloques co-organisés par l’UIP et qui n’ont pas été prévenus par l’autre organisateur de l’implication de l’UIP dans la manifestation pour dire que nous piégeons nos intervenants. Quitte à nier les évidences, ils refusent ainsi de voir que tant de personnalités (ne représentant certes pas une majorité de la communauté scientifique) soutiennent de près ou de loin la démarche de l’UIP.

Bien qu’aucun intervenant de ces grands colloques n’ait parlé de faits non admis par la communauté scientifique, Tort et Lecointre essaient de toute force de nous assimiler au mouvement "New Age" . Et cela parce que avant de fonder l’UIP, j’ai participé (seul de tous les membres de l’UIP) à une autre association (l’UEP) pour laquelle j’ai effectué un travail de vulgarisation qui annonçait celui de l’UIP et pour lequel tous les rationalistes devraient me féliciter. J’ai ainsi amené des adeptes de l’astrologie ou de la guérison par les cristaux à se détourner de ces pratiques pour étudier la relativité et/ou la mécanique quantique, et cela pas par le biais des vulgarisateurs mais bien avec des intervenants difficiles, exigeant pour être compris un effort important de la part du public. Il est vrai que pour Evry Schatzman, la vulgarisation de la mécanique quantique est un "crime" contre la science (ce qui est un aveu touchant d’obscurantisme).

Les créationnistes nient l’évolution, le grand âge de la terre et de l’univers, et donc la théorie du Big Bang et la Relativité. L’UIP vulgarise en permanence ces faits et ces théories. Cela n’empêche pas Tort et Lecointre d’essayer de nous amalgamer par tous les moyens possibles aux créationnistes en fonction de ce seul constat : les créationnistes sont des non matérialistes, les dirigeants de l’UIP aussi.

Peu importe :

que les créationnistes soient des obscurantistes qui nient les fondements même de la Science alors que l’UIP permet au public d’en prendre connaissance.

que j’aie consacré des dizaines d’heures à lutter contre le créationnisme en essayant de faire admettre à ses adhérents les bases de la science moderne.

que la diffusion d’un évolutionnisme non darwinien, qui accepte bien sûr toutes les avancées de la science moderne, soit la seule façon de lutter contre le créationnisme. Un créationniste aura peu tendance à devenir un néo-darwinien de "stricte observance", par contre, il peut très facilement devenir un évolutionniste non darwinien et par là-même se mettre à accepter les bases de la science moderne, ce qui bien sûr fait reculer l’obscurantisme.

enfin, qu’une grande partie des activités de l’UIP ne concerne nullement les questions spiritualistes et religieuses ; que grâce à nous le grand public ait pu découvrir pour la première fois en France des intervenants aussi prestigieux que : Baruch S. Blumberg, Roald Hoffman, Mario Molina, Charles Townes, Sir John Eccles, Donald Glaser, Arthur Schawlow, Philip Clayton, Freeman Dyson, Brian Goodwin, Andreï Grib, Ervin Laszlo, Benjamin Libet, Roger Penrose, Abraham Païs, Karl Pribram, Trinh Xuan Thuan, qu’il ait pu découvrir par les découvreurs eux-mêmes et non par des vulgarisateurs toujours susceptibles de déformer ces questions complexes : la téléportation quantique, l’effet tunnel supra-lumineux, la non-séparabilité à grande distance, et cela avant que les revues scientifiques françaises n’en aient parlé.

Les diverses calomnies contre l’UIP ne sont qu’un petit exemple de ce que peut être l’action des obscurantistes scientifiques "idiots". Mais c’est un exemple très instructif. D’abord à cause des menaces que contiennent en germe de telles démarches si elles devenaient plus influentes pour la liberté d’expression. Ainsi Tort et surtout Lecointre ne manquent-t-ils pas d’appeler leurs lecteurs à agir auprès des sponsors de l’UIP pour nous priver de ressources et de se vanter du résultat quand il y en a un (ce n’est bien sûr pas d’elle-même que la CGT d’EDF - majoritaire chez le personnel - a écrit une lettre comminatoire demandant à la direction de ne plus soutenir l’UIP). Leur obscurantisme les aveugle à tel point qu’ils en arrivent à être fiers de démarches visant à réduire la liberté d’expression, eux qui se disent les héritiers des Lumières. Qu’on est loin du cri du coeur de Voltaire ! "Je lutterai contre vos idées mais je suis prêt à mourir pour que vous ayez la liberté de les exprimer".

Ensuite à cause du parallèle qui existe entre la frange la plus extrême des obscurantistes scientifiques "idiots" et des créationnistes "idiots" (les créationnistes aussi se divisent entre "idiots" et "intelligents" mais la place me manque pour faire ici la typologie des créationnistes). Ces deux mouvements de pensée sont enfermés dans leur "bulle", coupés du monde extérieur, affirmant être les seuls détenteurs de la vérité, diabolisant leurs opposants, niant des évidences, refusant tout dialogue, et se contentant de fulminer des anathèmes depuis le ghetto où ils se retranchent (il est significatif sur ce point que des scientifiques attaqués par l’équipe Tort - Lecointre se soient vu refuser une place de spectateur au colloque du 29 septembre).

Il est donc fondamental de comprendre que tous les défenseurs de l’humanisme, qu’ils soient spiritualistes ou athées, doivent s’unir contre la menace commune que représentent les créationnistes et les obscurantistes scientifiques "idiots". L’UIP est particulièrement bien placée pour lutter contre le créationnisme et, dans la mesure de ses (modestes) moyens, va essayer de lutter au cours des prochaines années non seulement contre le créationnisme en France (où il est ultra-marginal) mais aussi aux Etats-Unis (où il est autrement plus redoutable). Nous espérons qu’il y aura en France des rationalistes suffisamment honnêtes et intelligents pour s’élever contre les démarches et les amalgames que font les obscurantistes scientifiques "idiots", particulièrement ceux qui sont derrière l’organisation du colloque "Impostures" du 29 septembre, en comprenant que de tels individus représentent une honte pour le rationalisme lui-même.