Charles Darwin est-il indépassable ?
:: Mécanismes de l’évolution :: 1 Commentaires
La théorie de l’évolution a changé notre vision du monde. Mais on peut être évolutionniste et non darwinien, ou évolutionniste et croyant. Lisons Dar win sans idées préconçues.
Comme Freud avec la découverte de l’inconscient ou Copernic avec la place de la Terre dans l’univers, Darwin a bouleversé notre vision de l’homme. Dé sormais, nous savons que nous partageons avec tous les êtres vivants une généalogie commune. Aujourd’hui, on parle de « synthèse néodarwinienne », qui intègre, entre autres, la génétique aux idées de Darwin. Cette épopée scientifique, qui a commencé avec le voyage du naturaliste anglais aux îles Galapagos, Jean-Claude Ameisen, médecin et chercheur, nous la relate dans un livre-fleuve (1). Un jour peut-être, nous dit-il, la théorie de Darwin, quelles que soient sa grandeur et sa richesse, nous apparaîtra « comme le début d’une histoire et non comme sa fin ».
Darwin savait qu’il allait heurter des croyances très profondes. « C’est comme confesser un meurtre », écrivait-il dans une lettre à Joseph Hooker. De fait, les Eglises constituées réagirent d’abord avec méfiance, voire hostilité, à la théorie darwinienne. Celle-ci remettait-elle en cause le dogme ? Dans un très intéressant ouvrage (2), François Euvé montre que si les rapports entre le christianisme et la théorie darwinienne furent parfois difficiles, ils furent aussi bien plus complexes qu’on ne l’imagine. Les théologies, loin d’être affaiblies, en furent renouvelées, obligeant à approfondir la lecture de la Bible.
Depuis longtemps, on peut être croyant et évolutionniste. L’ouvrage du dominicain Jacques Arnould (3), qui est pieusement darwinien, en est la preuve. Le « créationnisme », stricto sensu, est une idée selon laquelle il y aurait des créations séparées des différentes espèces qui peuplent la Terre. La girafe serait apparue directement comme girafe, et l’homme comme homme. Cette idée est non seulement une aberration scientifique, mais aussi un contresens exégétique, car la lecture des Ecritures est liée à un contexte culturel.
Est-ce à dire que le darwinisme est indépassable ? Rappelons d’abord que l’idée d’évolution n’a pas été inventée par Darwin. Perçue par quelques naturalistes du XVIIIe siècle, exposée par Lamarck au début du XIXe siècle, elle a demandé plus d’un siècle de recherche pour être considérée comme acquise. De façon spécifique, le darwinisme affirme que cette évolution s’est déroulée grâce à de petites mutations ayant eu lieu par hasard, et dont les individus qui en étaient porteurs ont été avantagés par la « sélection naturelle ». C’est donc le couplage « hasard-sélection naturelle » qui permettrait l’évolution.
Le darwinisme a permis de comprendre de façon convaincante des milliers de faits. Il n’est néanmoins qu’une explication possible de l’évolution. Des scientifiques de renom affirment que des processus essentiels à l’œuvre ne seraient pas liés à la sélection naturelle. Jean Staune avait déjà rendu compte des travaux de ces évolutionnistes non darwiniens, dans une belle synthèse publiée il y a près de deux ans (4). Ainsi, selon Simon Conway-Morris, éminent paléontologue, « les formes fonctionnelles possibles sont prédéterminées depuis le big-bang ».
Ce qui bouscule, de façon radicale, un concept central des darwiniens : chaque espèce serait le résultat contingent et imprédictible d’un processus dû au hasard. De même, pour l’éthologue Rémy Chauvin ou pour l’embryologiste Rosine Chandebois, l’évolution est-elle un « programme » qui se déroule depuis l’origine. D’après Vincent Fleury, biophysicien, le sens de l’évolution est « physiquement gravé » dans le champ d’orientation des cellules. Par rapport aux « micro-évolutions » darwiniennes, certaines de ces thèses envisagent plutôt des « macro-évolutions ». L’évolution « sauterait » d’un plan d’organisation à un autre, sans que l’on sache pour le moment expliquer ces mécanismes.
Le même Jean Staune, dans un ouvrage passionnant qui vient de paraître (5), fait parler de grands savants, notamment Christian de Duve, prix Nobel de physiologie et de médecine, qui affirme que des « contraintes chimiques font de l’émergence de la vie un événement beaucoup plus probable que ne le croyait Monod, un événement obligatoire, même ».
Le néodarwinisme est-il une théorie parmi d’autres ? Non, si l’on en juge d’après les polémiques que suscite toute remise en cause au sein de la communauté scientifique. Dès le départ, le darwinisme a inspiré une « idéologie ». Pourtant, il ne faut pas confondre le darwinisme, théorie scientifique, avec les élucubrations raciales ou sociales qu’il a inspirées. Ainsi Herbert Spencer applique-t-il aux sociétés humaines l’idée de « survie du plus apte », ce dont se garde bien Darwin, pourtant influencé par Malthus. Francis Galton, gendre de Darwin, fut, lui, l’inventeur de l’eugénisme, la science des « bonnes naissances ».
Selon ses vues, il fallait encourager les « forts » à se reproduire, avec l’opération inverse pour les faibles. Ses idées ont influencé la société américaine du XXe siècle. Comme le remarque Jean-Claude Ameisen, Darwin insista pourtant sur le fait que, chez de nombreuses espèces animales, la « coopération » était aussi répandue que la compétition.
Paul Dupré
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Forum
6 février 2009, par RENAUD PROVENZANO - Répondre à ce message
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Charles Darwin est-il indépassable ?
Pourquoi ne pas prendre en considération le rôle des gènes sauteurs dans le processus évolutionniste, connus depuis 1953, récompensés tardivement par un prix NOBEL ? Les gènes sauteurs : patrimoine sous influence Certaines portions de l’ADN se déplacent et se multiplient dans le génome sans raison apparente, en créant des mutations beaucoup plus nombreuses que les mutations spontanées. La découverte de ces gènes « sauteurs », au début des années 1950, devait ébranler notre conception d’un génome fondamentalement stable. Formidable machine à créer de la variabilité génétique, cette nouvelle classe d’ADN dote les organismes d’une étonnante capacité d’adaptation. Les propriétés des gènes sauteurs ont rapidement été exploitées par la biologie moléculaire, et les recherches récentes, en révélant leur parenté avec les rétrovirus et les régions non codantes des gènes, conduisent à s’interroger sur leur rôle dans l’histoire de l’évolution et l’apparition de certaines maladies.
Depuisleslois de Mendel sur la transmission des caractères (1865) puis la découverte du rôle des chromosomes dans cette transmission (1910), le patrimoine généti-que apparaissait d’une remarquable stabilité en dépit de l’apparition sporadique de remaniements chromosomiques. Le travail de l’Américaine Barbara McClintock sur le maïs en 1951 devait ébranler définitivement cette conception statique du génome. Le mérite de cette chercheuse a été d’interpréter de façon tout à fait inédite des mutations instables du maïs en les associant au déplacement spontané de fragments d’ADN dans le génome (fig. 1). Ces éléments génétiques mobiles, ou éléments transposables, sautent d’un endroit du génome à un autre en s’insérant dans des gènes, dont ils peuvent modifier le fonctionnement. Ac cueillis avec scepticisme par les généticiens, les éléments transposables n’ont acquis droit de cité que dans les années 1970 lorsqu’on les retrouva chez les bactéries puis chez la mouche drosophile. La découverte ne fut récompensée par le prix Nobel qu’en 1983(1)(I). On a trouvé depuis des éléments mobiles dans le génome de tous les organismes où ils ont été recherchés, y compris chez l’homme, et en grand nombre. Chez la drosophile par exemple, les quelque 3 000 à 5 000 séquences mobiles représentent 10 à 15 % de l’ADN. On tend aujourd’hui à rendre les éléments transposables responsables d’un nombre toujours plus grand de mutations et l’on s’interroge sur leur rôle dans l’évolution du monde vivant. Ils seraient à l’origine de modifications imprévues du...