Ces droles de consultants

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"Il conseille les états-majors en s’inspirant d’Einstein et de Freud"

Article publié dans "l’Expansion" n° 542 du 5 fevrier 1997

Après trois années de traversée du désert sacrifiées à sa passion pour l’histoire des sciences, Jean Staune, 34 ans, tel un prédicateur, annonce aux entreprises l’arrivée d’une nouvelle vision du monde, portée par les découvertes scientifiques du XXe siècle.

"Le but de notre démarche est très classique : aider le décideur à comprendre les mutations de l’environnement dans lequel évolue son entreprise ", prévient-il au début de ses conférences avant de convoquer au pupitre Copernic, Einstein, Freud... et l’amiral Nelson.

Sa propre formation est peu banale, puisque voisinent sur son CV une maîtrise en informatique de gestion et un diplôme de l’lnstitut d’administration des affaires avec un doctorat en paléontologie au Muséum d’histoire naturelle. Chercheur universitaire, expert auprès de l’Association pour le progrès du management, proche du CNPF, ancien responsable de la prospective chez L’Oréal, Jean Staune est aussi le fondateur de l’Université interdisciplinaire de Paris. Ce cercle d’études et de réflexion regroupe dans son conseil scientifique une trentaine d’éminences comme le Prix Nobel de chimie llya Prigogine, le physicien Bernard d’Espagnat ou l’éthologue Rémy Chauvin.

Il intervient régulièrement comme consultant auprès d’une trentaine d’entreprises, à qui il tient à peu près ce langage : la vie économique est davantage le fruit d’une vision inspirée par les croyances du moment que celui d’un choix lucide dicté par la nécessité de l’intérêt immédiat. La perception occidentale du monde aurait ainsi connu trois temps forts. Au Moyen Age, I’univers est une succession de phénomènes qui n’ont d’autre logique que celle de la main de Dieu. Dans cet univers imprévisible, à quoi bon investir quand le seul indicateur est la volonté céleste ? Au XVIIe siècle, achevant le bouleversement engagé à la Renaissance qui libère l’homme et glorifie son intelligence, Descartes impose la raison. Pour démontrer que la complexité du grand tout s’explique dès lors qu’on le découpe en de multiples sous-unités. Simplifié, le monde devient aussi prédictible qu’un mouvement d’horloge. Investir devient une bonne affaire puisqu’on est sûr que l’argent dépensé aujourd’hui fructifiera demain - si l’on calcule bien. Le XXe siècle, en descendant de plus en plus profond dans l’infiniment petit, en fonçant dans l’infiniment grand, pour ne plus rencontrer qu’une infinité de questions, renoue avec la modestie. Mais, si le rationalisme a volé en éclats dans les laboratoires, il sévit toujours dans les entreprises. D’où la difficulté pour celles-ci de s’adapter à un monde dont elles ont une représentation erronée. Les doutes, les appréhensions, les crises de valeurs qui les traversent seraient les scories étouffantes des pesanteurs héritées du taylorisme. Théories un peu intimidantes pour les hommes d’action auxquels s’adresse ce philosophe mathématicien. Mais il faut lui reconnaître un certain don pour passer de considérations sur l’électron ondulatoire et sur les réactions électriques des moines tibétains en méditation aux problèmes plus prosaïques de la gestion des licenciements dans une entreprise de moteurs Diesel ou de la stratégie publicitaire d’Apple.