Le 11 avril 2006

Je veux dire ici toute ma gratitude au groupe « paroles » pour son très bel article. Je suis un scientifique, j’ai cosigné un article dans le journal « le monde » le 23 février, où nous disions le droit des scientifiques à une lecture métaphysique des résultats de la science : elle dresse devant nos yeux un panorama qu’il nous est permis de trouver beau, nous pouvons nous demander comment il se fait qu’il soit ainsi, d’où il vient, qui l’a créé, quel est son sens.

Le 4 avril, d’autres scientifiques publiaient dans ce même journal un article « pour un science consciente de ses limites ». J’en aurais volontiers signé la première partie, car je suis pleinement d’accord sur le fait qu’il ne faut pas mélanger les genres de discours, scientifique et philosophique ou religieux.

Mais cet article fait l’amalgame entre nos positions et le néocréationnisme américain, il nous accuse de subterfuge, usant « du recours à la providence dans une explication du monde qui se veut scientifique ». Nous voulons « faire retourner la science à un état antérieur à son émancipation du pouvoir théologique au XVIIIeme siècle ».

Je ne savais pas ce que nous devions faire : fallait-il relever les injures, poursuivre le débat ? Dans la mesure où nous étions ainsi directement mis en cause, n’était-ce pas ambigu ? C’est pourquoi j’ai tant aimé l’article du groupe « paroles ». Il a magnifiquement dit tout ce que j’avais sur le cœur. Il est navrant de voir un tel débat en France aujourd’hui.

Comment peut-on sérieusement écrire, comme Yvon Quiniou, dans un numéro spécial du « nouvel observateur » fin2005, « non seulement la science se passe de toute référence à un dieu créateur, mais elle réfute définitivement le dieu des religions révélées ».

Et c’est nous que l’on accuse d’une explication du monde qui se veut scientifique !

Je ne désire pas me battre contre qui que ce soit, je désire seulement témoigner de ce à quoi je croix profondément, et j’aimerais que l’on respecte ma foi. C’est apparemment trop demander.

Jacques Arsac
Membre correspondant de l’Académie des Sciences